Nouveauté grimpante dans les gorges des Gats

Publié le par manu ibarra

Une vidéo d'une répétition par Nicolas Reysset en 2013.

Au moment de l’ouverture de Pipeline, j’avais repère cette ligne évidente et souvent avec Christophe lorsque nous parcourions la longue liste de nos projets nous en parlions. Mais le temps passe, nos obligations professionnelles et familiales s’accumulent et le projet reste en état de projet.

Un jeune aspirant-guide, installé dans le diois après différentes petites ouvertures dans les gorges des Gats, a repéré lui aussi cette ligne. Plus motivé, plus disponible il trouva le temps et l’énergie pour l’ouvrir. Lors d’une réunion du CDFFME, il me parla de cette voie suscitant en moi un regret mélancolique d’avoir laissé échapper ce projet et une curiosité sur l’interprétation écrite sur cette partition de rocher vierge.

Sans topo, sans information autre que l’existence d’une voie sur un tracé que j’avais déjà plusieurs fois parcouru et imaginé, je décidais d’aller voir cette fameuse voie avec Malick, jeune débutant grimpeur plein d’enthousiasme.

La paroi est là un peu plus loin que Pipeline, aussi évidement visible de la route. Un rapide repérage aux jumelles, malgré la distance, mais permet de repérer quelques spits et ainsi de confirmer l’existence de la voie et son tracé grossier.

Pas de sentier ou même de sente visible pour l’approche. C’est donc par un trajet par l’amont, profitant de pâturage puis d’une traversée à flanc montant que nous arrivons au pied du départ.

Malick piaffe d’impatience. J’hésite à lui lâcher la laisse ne connaissant ni la difficulté, ni le tracé, ni l’équipement en place. J’ai peur qu’il se casse les dents sur un os trop gros pour lui. La première longueur est une dalle de type calcaire gréseux toute en rondeurs, bosses et plats où les 3 premiers goujons sont visibles et leurs intervalles semblent non excessifs. J’arme Malick d’une poignée de coinceurs au cas où ; tout en sachant que son expérience dans leur utilisation est plus mince que le plus petit d’entre eux.

Le voilà parti, je l’assure vigilant. Premier pas délicat sur des plats, second point, troisième point, une section semble facile à la vue de la vitesse de défilement de la corde, puis elle file plus lentement transmettant même quelques hésitations jusqu’à un grand cri qui me crispe sur la corde. Pas de choc, de tension subite résultante d’une chute mais un défilement qui reprend fluide et rapide jusqu’à ce que le mot « vaché » retentisse dans ce vallon calme. A mon tour, je m’élance, le rocher est bon l’escalade est plutôt belle faite d’équilibre et d’adhérence. Seul un lichen épais et noir entache le plaisir. J’arrive en vue de Malick pendu au relais. Il me dit de faire attention au pas suivant qui lui a arracher ce cri primal. C’est une dulfer inversée sur une écaille ronde(5c), les pieds à plat sur un rocher pure mais recouvert de lichen. Pour le premier de la cordée la protection en place est éloignée de bien 3 mètres avec une chute pendulaire sur une dalle bien loin de la verticale. Une protection complémentaire sur coinceur qui je l’avoue peu évidente à complètement échappée à mon compagnon novice à ce jeu-là.

La suite est pour moi. 3 mètres de dalle puis un petit surplomb avec un rétablissement peu évident (6a) m’impose de m’y prendre en deux temps interrompu par un nettoyage de la prise verticale clef. La suite est belle (5b/c) malgré un rocher toujours aussi sale, cheminant entre courts dièdres et petits surplombs avec un équipement suffisamment aéré (mais facile à compléter) pour exiger un engagement du grimpeur sans certitude sur la situation du prochain point en place. Une attention particulière doit être porté au frottement de corde généré par les multiples petits surplombs sur les 45 mètres de corde nécessaire pour rejoindre le relais.

Malick me rejoints et je lui pose la question de confiance sur son ressenti qu’il me qualifie d’hésitant. Malgré un usage à la mode, je décide de ne pas passer en force et de ne pas utiliser le 49.3.

Me voilà parti dans la troisième longueur qui démarre par un goujon clipable du relais puis une dalle fine, surplombée par un cade que je ceinture d’une sangle, suivi par un minuscule éperon protéger par un spit (5c). Là, le rocher change de gris et couché, il passe au rouge et déversant. Le niveau lui aussi semble changer. A trois mètres je vois un point. Je le rejoins puis plus rien que des bombés de magnifique rocher rouge constellé de gouttes d’eau agressives. Je pars à gauche, m’élève de 5 puis 7 mètres. Toujours rien en vue. Ça passe mais vais-je arriver sur un relais ? Je désescalade, pas si simple ça doit valoir 6a. Je reviens sur mon dernier goujon, un cheminement à droite semble moins facile. Je me mets en « mode d’ouverture », ne cherchant plus les spits qui traditionnellement servent de balises aux grimpeurs mais je recherche un chemin dans ce dédale de rocher. Je pars à droite, je trouve une fissure et met un friend, c’est déjà un bon début. La difficulté me semble un peu plus difficile qu’à gauche (6b ?) mais au bout d’une bonne dizaine de mètres je vois un goujon. Je suis donc dans le vrai ! Encore un bombé en rocher excellent où il faut fermer les bras, un reta dans une dalle et j’arrive au relais. Assurant mon second, je me dis que ces 10 mètres entre les points ne doivent pas plaire à tout le monde... Malick me rejoints et me dis que j’ai raté un point. Saperlipopette !

La suite est une magnifique longueur en rocher sculpté de vaguelette, la difficulté est modérée si l’on sait rester au plus facile. Du relais je peste de n’avoir mon appareil photo tant le point de vue est magnifique. La suite est une courte longueur protéger par un seul point ou vous avez le choix entre une cheminée à gauche ou une fissure à droite. Mon choix fut à droite.

Nous voilà au pied d’un passage raide ponctué de nombreuse protection (6b/c ?). Malick remonte la dalle puis une amusante étrave à gauche d’où part une large fissure oblique sur la droite bien protégé. Tout se passe bien jusqu’au pas final qui impose un rétablissement aléatoire sur prises peu sûres et herbeuses heureusement bien protégé.

Je le rejoints au relais posé sur un gros arbre. Nous ne trouvons pas la suite et Malick ayant des obligations cette fin de journée, nous décidons d’en rester là et nous descendons en rappel sans encombre.

Conclusions :

Malgré la présence de lichens en L1 et L2, le rocher est magnifique. L’escalade exigeante est belle et athlétique demandant une belle maitrise technique, une capacité certaine à comprendre le cheminement sans l’aide des spits qui ne sont pas toujours visibles. Le placement de points complémentaire est possible.

"Corrèze libre": le tracé

"Corrèze libre": le tracé

"Corrèze libre": G Marinelli et P Lagrillere en 2010. 180m, 6a/b obligatoire, 6c max. Un jeu de coinceur jusqu'au jaune BD. anneaux, dégaines longues, corde de 50m.

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