Ce blog est une invitation, une fenêtre ouverte sur ma
pratique alpine .
Manu Ibarra
Guide de haute montagne. Conseiller technique..Vit dans la Drôme. 50 ans.
30 années de pratiques alpine passionnée dont une vingtaine comme guide.
Partage son cœur entre :
La glace qu’il poursuit de coups de piolet caressants en France, Italie, Suisse, Autriche, Ecosse, Russie, Islande, Rocheuses
canadiennes, Québec, Colorado, Utah……
Et le rocher qu’il affectionne dans les grandes voies préalpes(Notamment dans son Diois natal : ouverture d’une quinzaine de voies)ou alpines .
Et comme son cœur oscille entre ces deux supports, il parcourt aussi les grandes faces Nord et arêtes des Alpes.
Chaque semaine une nouveauté. Soit d’actualité, soit piochée dans mes archives. Une réactualisation des sujets est aussi faite
régulièrement.
-Attention, n’oubliez pas que les pratiques alpines sont dangereuses et demandent un apprentissage, que les informations contenues dans ce blog, sont forcements partielles et peut être déjà
fausses.
-Vous êtes supposés autonomes, tant dans la prise d’informations, que dans vos choix de pratique ainsi que sur le terrain.
Ces longues phrases sont des évidences que l’on ne devrait pas avoir besoin d’écrire noir sur blanc mais surtout elles sont l’essence même des
pratiques de montagne.
La Grande Cheneau est un ravin qui descend des plateaux du Glandasse, juste à droite du rocher des Heures.
Le rocher des Heures et à
droite la Grande Cheneau.
Le premier à m’en vanter les qualités « alpinistiques » fut le regretté Jean-Pierre Dupuy (Fameux membre des "Ours du Glandasse") qui le classait dans les
courses de neige les plus intéressantes du Diois.
Notre bien aimé Breloch, avait parcouru ce couloir et nous avait signalé deux passages
nécessitant l’usage des pointes avants des crampons.
Fort des ces infos me voilà parti avec Christophe, compagnon d’aventure de
toujours.
Christophe aux cartes.
Bas de la Grande Cheneau Merci,les raquettes Lévitation de -C+.
Du hameau du Moulin où nous laissons la voiture, 1300 m de dénivelé nous narguent et nous tire la langue. Par une bonne piste au départ qui devient ensuite
difficilement carrossable pour une voiture normale, nous rejoignons le sentier périphérique du Glandasse. Et là c’est nous qui tirons une sacré langue !
La neige rencontrée nous oblige à chausser les raquettes « Lévitation ». Elles font merveilles, leurs portances
suffisantes nous facilite grandement la marche. Elles se révèlent même à l'aise dans un terrain qui tient plus de l’escalade que de la randonnée en raquette. Au sortie de cette expérience, je
suis convaincu.
C'est pas fait pour ça, les
raquettes? Ah, bon!
Elles feront désormais partie de mon fond de sac (500g seulement et un encombrement minime) tant pour ma saison de cascade de glace que pour mes courses de
printemps ou la neige croûtée d’après midi cède sous le pas.
Qui a dit qu'il n'y avait
pas d'avalanche en Vercors?
Après une coulée d’avalanche de fonte, nous voilà à pied d’œuvre et nous quittons les raquettes pour ne garder que les crampons.
Le premier verrou.
Un court verrou à 80° nous donne accès à la suite du couloir qui tourne sur la gauche. Là un étroit passage à 75° d’une dizaine de mètres nous permet de continuer
notre cheminement. C’est par des pentes d’une bonne trentaine de degré que nous rejoignons le plateau sommital.
Le vent y est si fort que nous reprenons immédiatement le même chemin pour descendre.
A gauche les pentes qui
permettent d'éviter le second verrou ( petit goulet à droite)
Dans les pentes
sommitales.
Vue sur les 3 Becs
C’est là que je me rends compte de la raideur de la pente. Le ressaut raide le plus long peut s’éviter par la gauche et le second beaucoup plus court doit être
négociable par un excellent skieur, ce qui n’est pas mon cas.
Alors Fred?
Pur hasard ? Ou télépathie ! Fred BERNARD ( un must dans le ski de couloir) en villégiature dans sa
Chartreuse natale me téléphone quelques semaines plus tard, je lui parle de ce joli couloir. Le rendez vous est pris.
Rebelote pour moi, mais j’ai un atout dans mon jeu. Le 4X4 de Fred, nous fait gagner 300 m sur le dénivelé total. Les raquettes ne sont pas nécessaires car le
soleil à fait fondre la neige dans ce versant sud. Nous rejoignons le couloir, la neige n’y est plus dure et lisse comme lors de mon premier passage mais changeante ; Parfois dure, parfois
croûtée….
Nous voilà au sommet avec vue sur le Grand Veymont sous un soleil radieux. Petite collation et je m’empresse de descendre pour précéder Fred, caméra en
bandouilère.
Pas raide? Trop peu pour
moi!
Fred malgré la neige changeante et piégeuse enchaîne les virages tranquillement. Moi, j’essaye de le précéder, l’exposition de ce couloir est réelle. Toute chute
peut avoir des conséquences graves. Car avec ses deux ressauts raides et ses virages bordés de barres rocheuses, la chute y est interdite.
C’est par un dérapage suivi d’un saut que Fred passe le verrou du bas par son coté droit.
Nous voilà en bas.
Je demande : - « Alors Fred cette descente ? »
Fred : - « Exotique !»
Moi : -« Exotique, exotique, tu as dit exotique ? Comme c’est exotique ! »