Pélerin de glace

Publié le par manu ibarra

Voici un article qui fut écrit pour une revue italienne il y a maintenant 10 ans. Certains reconnaîtront les lieux voire les personnages. J'espère que cette historiette vous fera sourire.
PS: les numéros de téléphone des infos pratiques sont peut être plus d'actualité.



LE PELERINAGE d'EXZON

C'était décidé, il irait en France, faire son pèlerinage. Cette terre lointaine et mystérieuse dont lui parlait avec enthousiasme son maître Salbin. Ce pays élu des dieux où chaque hiver le froid fige l'eau. Alors qu'ici, sous le soleil à la puissance funeste la seule glace existante est celle créée par l'homme; rare et éphémère, en morceaux si petits que seul le mot glaçons est adapté.

Il irait donc en février, la période décrite dans les livres saints comme étant la plus favorable*.


Les nuits précédant son départ furent agitées, envahies par des visions de glace bleue.

Il faisait partie de la secte secrète des Glaciérismes, qui vénèrent la glace comme seul élément terrestre digne de représenter Dieu sur terre. N'y a t-il pas mystère plus profond que le passage de ce liquide, source de toute vie, à l'état solide. La glace est le seul élément connu dont le volume est plus important à l'état solide que liquide.*

 


Il prépara son sac, y mit ses deux piolets soigneusement enveloppés dans leurs housses. Ces piolets n'avaient jamais rencontré la glace, mais Exzon s'entraînait journellement à leur maniement depuis maintenant quatre ans sous la direction de maître Salbin, sur la plage face à l'infini de la mer et au soleil mourant.


Il décida de commencer son parcours de pèlerin par l'Oisans. Sans conteste possible ce massif lui apparut comme le plus riche de ce pays*. Il se rendit au vallon du Diable. Affronter les forces du mal là où elles s'affichent lui sembla être le lieu initiatique idéal. Il remonta le long vallon et le fonctionnement de ses pieds entraîna celui de sa tête, sa pensée vagabonda. Il pensa aux premiers hommes qui remontèrent ce chemin à la recherche de la glace, à leurs doutes et leurs hésitations qui devenaient siennes. Il leva la tête, il était au pied de coulées de glace magnifiques de puissance douce, à gauche ou à droite, il lui fallait choisir.

A gauche versant sud, la venue du soleil maléfique allait rendre bientôt l'ascension dangereuse. A droite, point de risque solaire, seule l'avalanche pouvait menacer*. Il rassembla ses connaissances accumulées par l'étude des textes sacrés en compagnie de son maître. La grande cascade là, à droite lui sembla idéale pour un début, même son nom répondait à sa recherche: "les Larmes du Chaos". Au pied au moment du premier ancrage, il fit le vide en lui, à la recherche du geste parfait qui transforme le coup en caresse et permet  au métal de fendre la glace sans l'éclater. Sa première frappe sans être idéale le contenta, il grimpa jusqu'au sommet comme il l'avait rêvé. Une fois en bas, il se sentit empli d'une nouvelle force. Il vit là haut "la Verge du Démon", une escalade plus difficile et mesura le chemin qu'il lui fallait parcourir. Encore plus haut, "Cristal Palace" lui sembla un paradis inaccessible.


Le soir il se rendit à l'auberge ou tous les pèlerins comme lui faisaient étape. Il parla avec Jean-René, le maître des lieux, fervent pratiquant lui aussi. Celui ci lui parla de sages qui, là-bas au pied de la montagne aux glaces éternelles, fabriquaient des piolets. Exzon lui présenta les siens et lui expliqua qu'ils étaient élaborés dans le plus grand secret par un sage nommé Goé Infini qui vivait au-delà de la montagne. Goé et ses fidèles Go et To avaient presque réussi un engin parfait qui fendait la glace, s'y fichait fermement, sans éclater le support cristallin.

Avec de tels piolets le passage d'un homme sur une structure glacée laissait comme seule trace un souvenir éphémère. Il sortit des housses son matériel, celui ci attira le regard de tous les pèlerins qui en admirèrent l'équilibre et la finesse. Il monta se coucher, et pensa que demain il irait à Malaval pour s'essayer à la verticale..

Malaval lui sembla bien porter son nom, longue vallée austère menacée par les avalanches*. Cette contrée avait été évangélisée par Saint Godd et Saint Domilanus tous deux béatifiés par les grands prélats responsables des livres saints. Il ne put s'empêcher de laisser échapper un cri de surprise lorsqu'il découvrit la cascade de "la Pisse". Immense, moitié eau, moitié glace, restée inaccessible depuis sa première ascension* par l'archange Eric dans les temps anciens. Plus loin il découvrit "Caturgeas" qui lui sembla d'une difficulté insuffisante, puis "les Moulins" dont le cigare prenait déjà le soleil.* Il arriva au secteur dit des Fréaux, il y découvrit de nombreux pratiquants, qui au mépris du recueillement nécessaire à toute ascension, s'élevaient par cohorte entière se chamaillant dans des dialectes multiples*.

Il commença par "la Croupe" pour atteindre l'état de conscience nécessaire à des réalisations plus raides. Cette cascade gravie il alla au pied du doigt "d'Astarode", qui pointant le ciel, lui montrait le chemin à suivre. Il hésita un instant puis, après une grande expiration il s'éleva avec rapidité le long de cette courte colonne. Pour confirmer sa maîtrise il gravit sa voisine "les Valseuses", ses gestes s'épuraient et s'affirmaient.

Le lendemain, il souhaitait visiter le site de Villard-Notre-Dame, parfait pour une journée de méditation, mais les chutes de neige de la nuit rendaient ce site dangereux, il choisit d'aller à l'Alpe d'Huez, lieu protégé des avalanches*. En montant la route aux 21 virages il pensa à ces adorateurs de l'effort, qui en de longues processions cyclistes gravissent cette route, et dans la souffrance espèrent rencontrer Dieu. A chacun sa croyance!

L'Alpe d'huez le déçut, il trouva le site sans ampleur, mais comprit son succès: accès facile, cascades courtes et sûres, difficultés modérées*. Un endroit facile pour converser avec les cieux.

Il voulut connaître les lieux saints du sud du massif.

Sa première visite dans la vallée de Fréssinnières, le submergea d'une émotion qui lui noua le ventre et lui fit monter les larmes aux yeux. La tête de Gramusat lui parut comme une formidable cathédrale baroque de glace, avec ses voûtes, ses flèches, ses rosaces et ses vitraux où joue le soleil. L'émotion était si forte qu'il n'osa grimper ces édifices majestueux. Il se plongea dans des pensées mystiques: sur l'horizontalité constante de l'eau et la verticalité obstinée de la glace.

Plongé dans ses rêveries religieuses, il rencontra un autre adorateur de la glace. Il le reconnut tout de suite car celui-ci portait autour du cou le signe de reconnaissance secret de la secte: un morceau de glace fossilisée. Il se nommait Zeugma et depuis trois ans visitait en ermite les lieux saints. Ensemble ils découvrirent un autre site qui se cachait au fond d'une vallée profonde, réputée pour son approche longue et ses avalanches: le Fournel *. Zeugma était à la recherche du 9ème grade, cet état de conscience supérieure, il pensait le rencontrer par l'ascension de cascades toujours plus difficiles. Il gravit "Délicatos" dans un état de transe qui effraya Exzon puis il lui proposa de se joindre à lui pour continuer leur pèlerinage par la Savoie et le cirque du fer à cheval, puis par Gavarnie dans les Pyrénées.

Exzon hésita, car la direction prise par Zeugma lui faisait peur et lui sembla vaine, même s'il se reconnaissait dans cette recherche d'absolu. Il rentra chez lui en se disant que rien n'était plus difficile que de vivre une vie simple. Et le soir, face à l'infini de la mer et au soleil couchant, s'entraînant au maniement des piolets, il pensait à toutes ces cathédrales ignorées que sont les vies d'hommes simples et inconnus.


*L'expérience technique transmise par mon Maître Evzone est écrite en  caractères italiques, le reste ne se dit pas avec des mots.


Numa

le très croyant et miséricordieux.

 

 

LE PETIT PELERIN PRATIQUE

 

Période:

En principe de décembre à mars, avec bien sûr une période forte en janvier/février.

Sites:

L'Oisans possède une quantité et une qualité de sites à la hauteur des plus grands sites mondiaux connus ( Canada, Norvège..). Toutefois malgré cela, attention à la fréquentation, surtout pour les sites les plus accessibles en fin de semaine.

Matériel:

Des skis, ou des raquettes à neige sont parfois pratiques pour l'accès, voire indispensables (Founel, fond du vallon de Frésinnières). Certains sites connaissent une telle fréquentation qu'une trace pédestre existe presque en permanence (vallon du Diable..)

Beaucoup de rappels sont équipés dans les rives rocheuses: ils nécessitent souvent des cordes de 60 mètres.

Bien sûr piolets, crampons de votre fabriquant favori, surtout n'oubliez pas votre casque.

Hébergement:

Il existe dans cette région de nombreux gîtes et hôtels.(voir les offices de tourisme).

Les Filons à Ornon:04-76-80-60-58.

Le Moulin Papillon à l'Argentière-la Bessée: 04-92-23-05-40

Topos:

"Cascades de glace su sud Dauphiné" Didier Léon.

"Cascades de glace, Oisans aux 6 vallées" François Damilano & Godefroy Perroux.

"Les cascades de glace de l'Argentiérois et du Briançonnais" Robert Balestra.

Vous les trouverez dans les librairies et les magasins de sports locaux.

Numéros utiles:

Secours en montagne:-CRS:04-92-21-16-51, PGHM: 04-92-21-10-42.

Meteo:36-68-02-05(Haute-Alpes), 36-68-02-38(Isére), 36-68-04-04(Montagne).

Info-cascades:04-76-8098-74

Publié dans Glace & Mixte.

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Tom 10/11/2009 13:55


Ca sent bon la glace tout ça !!! biensur après la petite prière coutumière. 
A+ Tom. 


manu ibarra 12/11/2009 09:11


Sors tes piolets et entraînes toi!