10 ans déjà!

Publié le par manu ibarra

Article parut dans la revue Vertical.


Aéroport de Moscou : premier voyage pour la plupart d'entre nous dans l'ex grande URSS. Dans la cohue des "arrivals" aéroportuaires, une feuille blanche marquée "Ice climbing compétition"  attire notre attention : c'est Valentine  qui nous réceptionne. Un minibus nous amène à la gare ferroviaire, par les vitres embuées nous essayons de nous faire une image de ce pays au mystère presque oriental.

 

Max Berger grimpeur autichien, en pleine discussion dans le train.

Sur le quai, nous rejoignons nos compagnons glaciéristes russes, français, slovènes, italiens, suédois, autrichiens, suisses qui ont suivis cet hiver les principales compétitions de glace.  Embarquement pour une voiture couchette, elle aussi marquée d'un "Ice climbing compétition".


Ambiance!
                                             
Quatorze heures durant le train fend l'air glacé de la plaine blanche. Seuls des bois de bouleaux et quelques datchas ponctues ce désert blême. Un arrêt nocturne dans une gare éclairée par des néons blafards, nous permet de prendre la mesure du froid qui mérite son adjectif de sibérien.

 

On y boit et on y mange aussi!                                                              

A bord dans la chaleur oppressante dégagée par un poêle à charbon, toutes fenêtres condamnées, bercés par le tacata régulier des roues métalliques, abrutis par la fatigue du voyage, la bière et la vodka, des grimpeurs venus des quatre coins de l'Europe partagent avec enthousiasme leurs souvenirs et leurs espoirs sur la glace et la vie. Dans le désoeuvrement propre aux voitures-couchette, une compétition est même instauré : 1/2 finale à la bière ; 3,5 g dans le sang pour accéder à la finale qui, elle aura lieu à la vodka. A ce jeu là malgré une belle résistance de la part d'un élément français particulièrement entraîné, les russes sont imbattables !

 

Kletern, slovène et un peu ...comment dire?                                          

Comme me le disait Micha avant le départ, en hissant  dans la voiture trois caisses de bière et de vodka. "Le train est le meilleur endroit du monde pour discuter et ........ boire". Le train est un élément important de l'histoire et de la vie des russes, des tzars aux dirigeants bolcheviques chacun a eu son train ; luxueux et impérial pour les uns, armé et blindé pour les autres. D'ailleurs un des sponsors de cette compétition n'est il pas la compagnie de chemin de fer qui nous transporte ?
Arrivée en gare de Kirov    

Kirov, ville de 600 000 habitants nous reçoit en grande pompe. Le programme est chargé :  Réception officielle à la mairie, discourts solennels, caméras de télévision, cadeaux d'amitiés et champagne russe. Ouverture  officielle de la compétition, dans le style jeux olympiques, le tableau est coloré. Sous un ciel bleu pur, vêtue de manteaux et de bonnets de fourrure, la foule comme une coulée brune et noire entoure la tour de glace blanche, ou les petits touches bariolés des grimpeurs s'agitent. Nous défilons sur un fond de musique symphonique, regroupé par nation derrière un jeune russe qui porte un panneau où est inscrit en cyrillique le nom de chaque pays. Après la parade se fut le temps des orateurs, entourés de jeunes femmes en costumes  folkloriques qui offrir en signe de bienvenu un morceau de gâteau aux compétiteurs.

 

 

Acceuil en costume traditionnel.

 

Repas à la Mairie.....


Ici l'hiver dure six mois, il ne fallu que quatre jours pour mettre en glace les 28 mètres de haut de la tour. L'équipe à Pavel Chabaline a taillée de gros surplombs  à l'aide de tronçonneuses, Konstantine Jdanov et Nicolas Chichline ont tracés les  voies.

Cette compétition de type Courchevel est la deuxième édition des championnats de Russie. Elle regroupe 80 compétiteurs hommes et 20 femmes, sur deux types d'épreuves : difficulté et vitesse.

 



La finale de l'épreuve de difficulté se passer sur deux voies, il faut sortir la première pour espérer enchaîner la suivante, toute chute est éliminatoire. La difficulté des tracés est constituée de surplombs successifs à franchir directement ou à traverser pied dans le vide. La plupart des finalistes ne compteront pas leurs frappes, pressés par un temps maximum de 18 minutes pour plus de 60 m d'escalade cumulée. Ces contraintes ne permirent qu'à quatre compétiteurs d'arriver aux sommets des deux voies sur les douze finalistes.

 

La tour de glace construite pour les compétitions.

Il a 16 ans, il est de Kirov, il grimpe fort, et sa dépense physique n'a d'égal que le soutient vocale de ses concitoyens, exténué il se hisse à une très belle 4ème place.

Max Berger rate de peu la première place et c'est encadré des russes Pevel Slepnev et Dmitry Bychkov qu'il monte sur le podium. Pevel  termine, ici, avec panache la saison de compétition, après ses troisième place à Courchevel et à Pitztal. 

En brisant, d'un coup de piolet malheureux, un énorme surplomb, Jérome Blanc-Gras chute violemment sur une vire de glace et vit ainsi ses espoirs de podium s'envoler. Après un court passage à l'hôpital de la ville, il revint sourire aux lèvres.

Votre serviteur dans la demi finale qui me permettra d'aller en finale.


La compétition de vitesse elle n'est pas limité dans l'espace; seul contrainte un ballon, placé aux deux tiers, de la tour à toucher pour arrêter le chrono. A ce jeu là les russes armés de leurs fifis à glace sont les meilleurs. Bubu (prononcé Boubou) emporté par son élan dépasse le ballon et malgré les cris de la foule termine faute de glace sa course au sommet de la tour, tout étonné. "Big Peter", le géant suédois (110 kg pour 1,95m), est un ours. Comme l'animal qui parait lent et pataud en temps normal il est capable de grimper avec une dextérité et une vitesse surprenante : résultat une deuxième place à quelques dixièmes de seconde du premier.

 

 

Erik Svab en action.


Erik Svab, le "bastardo" de l'Europe comme il se surnomme lui même, le polyglotte du groupe, parle russe et fait donc le bonheur des journalistes.

Quand aux femmes la domination russe fut écrasante et seules Marie-Pierre Dufrene et Alenka Jerala troublèrent cette suprématie.


Max Berger en finale

Les spectateurs sont nombreux, plus d'un millier me diront les organisateurs, avide de voir des étrangers, visiteurs rares ici. Ils soutiennent avec bon coeur tout les concurrents, la plupart d'entre nous recevront des signes d'encouragements, de soutiens et d'amitiés.

 

Du monde....pour regarder cet évènement.


Cette compétition fut un des événement fort de la saison 99 de compétition d'escalade sur glace. L'organisation, style poupée russe, où chaque chose s'emboîte avec précision dans la précédente avant de recevoir la suivante fut rigoureuse et sans faille. Les voies plus difficiles qu'à Courchevel ou Pitztal (Les passages les plus difficiles de cet hiver et peut être de l'histoire de la glace restent ceux de Cortina, mais c'était une compétition de bloc) permirent aux grimpeurs, dont le niveau monte à vue d'oeil, de s'exprimer pleinement techniquement et physiquement sans trop s'attarder sur l'économie des ancrages de piolet. Mais part dessus tout, la chaleur du peuple russe, l'enthousiasme des spectateurs, le respect des compétiteurs, l'attention paternelle des organisateurs, place cet événement au plus profond de nos coeurs.

 

 Escalade sur un château d'eau, seul verticalité des environs de Kirov.



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