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  le blog manu.ibarra

Alpinisme, escalade, cascade de glace, France, Écosse, Mt Blanc, Oisans, Écosse, Island, Canada.... Les aventures d'un guide de haute montagne.

Les pieds dans le plat ça éclabousse, mais l’eau fraîche permet de se rafraîchir les idées.

Il y a eu toujours des techniques enseignées par chacun de toute bonne fois qui passées au crible du temps et des évolutions des connaissances apparaissent comme non-opportunes, inefficaces, obsolètes…

Parmi celles-ci, je peux citer :

La résistance à l’utilisation du crampon à glace par les alpinistes du début du 20e siècle qui poussa l’inventeur du crampon moderne : Oscar Eckenstein à organiser la première compétition d’escalade qui fut donc une compétition d’escalade sur glace.

L’obsession d’Armand Charlet, professeur à l’ENSA qui s’arc-bouta contre l’utilisation des pointes avants des crampons à glace et ainsi retarda l’utilisation de cette technique par les alpinistes français alors que nous voisins l’utilisé depuis plus de 30 ans.

La résistance au descendeur de Pierre Alain pour la descente en rappel, qui me permit de me perfectionner dans la descente en rappel en S, jusqu’à la brûlure.

La liste est longue et j’en resterais là.

Voici quelques convictions actuelles qu’il serait bon de passer au crible d’une analyse objective :

Corde à double en double sur une course d'arête: un bon choix !

Corde à double en double sur une course d'arête: un bon choix !

- Conviction n° 1 : le choix d’une corde le multi-label pour les courses d’arêtes :

Actuellement, le choix souvent fait et préconisé pour les courses d’arêtes est la corde multi-label.

L’argument est que cette corde est la solution la plus légère permettant la chute sur une arête.

Ce qui est totalement faux. D'abord, il n’existe plus de test sur une arête dans les normes européennes et UIAA. Le test sur une arête mis en place en 2002 par UIAA a été stoppé en 2005 devant son manque de résultats constants. Donc, le faite qu’une corde multilabel passe le test de corde à simple ne garantit en rien sa résistance en cas de chute sur une arête. Elle est simplement plus performante pour retenir de nombreuses chutes en facteur 2 qu’un seul brin de corde à double.

D’après mes échanges avec les fabricants de corde, et pour faire simple, seul un diamètre important offrira plus de résistance à la rupture sur une arête.

Donc une corde multilabel d’un diamètre de 8,5 mm ne fera pas mieux qu’un seul brin de corde à double de 8,5 mm.

Les accidents avec rupture de cordes fines actuelles multilabel ne sont pas un mythe, voici une citation d’un des accidents connu avec une corde mutilabel : 

« Posté en tant qu’invité par G. S. le 31 août 2012 sur Camp To Camp:

Bonsoir à tous, je viens de lire tous vos posts et je me permets donc de vous répondre. Tout d’abord je me présente, je suis guide de haute montagne, instructeur à l’EMHM, et entre autre meilleur ami de Laurent FABRE qui vient de disparaître à l’arrête des Papillons… Laurent était guide depuis 1999, très fort alpiniste, personne très expérimentée, il avait fait les Papillons plusieurs fois. Il encadrait un groupe de 3 stagiaires, pour un stage d’autonomie.Il grimpait encordé avec un des stagiaires avec un seul brin de corde Joker. La cordée autonome qui grimpait derrière cette cordée était également encordée sur un seul brin de Joker, ce qui aurait permis aux 2 cordées, en joignant leurs 2 cordes de faire un rappel éventuel… Laurent est tombé (pour une raison inexpliquée et inexplicable) à partir d’une vire, au niveau de la deuxième longueur de la voie. Il avait déjà fait son relais (une sangle sur un becquet) et mis son système d’assurance pour assurer son second de cordée. Mais la corde s’est bloquée non loin de lui au niveau d’une petite brèche. C’est en voulant intervenir en revenant en arrière qu’il est tombé.
Personne n’a rien vu.
La corde, peu servie, quasi neuve, sans coup de crampons, bien entretenue, est restée bloquée à la brèche, et pendant la chute qui était pendulaire (3/4m environ) la corde a frotté sur une arête de granit (arête à 90°) qui a tranché la corde immédiatement.
Quoi de plus? Pour moi Laurent est un des meilleurs, il était en plus en chaussons, il connaissait la voie, il n’y avait pas de défaut sur la corde (ni de fabrication, ni de coup de crampons, ou autre…).
RIP mon lolo…
SEB »

Escalade facile, et anneaux de corde. Il est important de faire varier la longueur de corde suivant le terrain.

Escalade facile, et anneaux de corde. Il est important de faire varier la longueur de corde suivant le terrain.

- Conviction n° 2 : les anneaux de buste bloqués par un nœud sur le baudrier :

Cette pratique, qui m’a été enseignée à mes débuts en alpinisme, vient de la nuit des temps « alpinistiques ». En effet, les premiers alpinistes qui utilisèrent la corde comme moyen d’assurage ne connaissaient pas le baudrier. L’encordement était constitué d’un simple tour de corde autour de la taille. En cas de chute, le confort était limité ; ainsi faire travailler les anneaux de buste pour améliorer le bien-être était une opportunité que ne pouvaient pas laisser passer nos aïeux.

Si la recherche de confort n’est plus la recherche de ce type d’encordement à quoi sert-il alors que ce type d’encordement amène d’importantes limites ?

Les anneaux de buste ont pour objectif de faire varier la longueur de corde utilisée facilement et rapidement.

C’est utile en marche sur glacier et pour les courses de type "voies normales".

Comment libérer la corde nécessaire à la constitution d’un relais et d’un mouflage lorsque vous tenez votre compagnon pendu dans une crevasse par un nœud qui bloque vos anneaux de buste ?

Sur une voie normale, alors que votre leader s’engage dans un passage délicat et que vous apercevais que la longueur de corde est trop courte ; comment libérer de la corde rapidement sans risquer d’être étranglé si votre leader chute alors que vous avez défait le nœud de blocage des anneaux ?

La seule façon d’arrêter la corde est de la fixer sur le baudrier sans emprisonner les anneaux. Comment soit par un nœud de cabestan ( voir notre bouquin Roc page 488), soit en utilisant un Magic Ring. Ces deux solutions permettent de donner du mou rapidement sans défaire le système d’attache de la corde sur son baudrier.

Le relais prétendu: certainement la meilleur option. Lien dynamique sans aucun intérêt !

Le relais prétendu: certainement la meilleur option. Lien dynamique sans aucun intérêt !

- Conviction n° 3 : le relais sur un anneau de corde :

Certains sont convaincus, qu’un relais sérieux ne peut être fait que sur un anneau de corde dynamique ! Honni l’utilisateur de sangle surtout si le mot Dyneema y est associé.

Pourtant un simple questionnement basé sur la connaissance de la physique des cordes d’escalade dites dynamiques devrait amener des doutes sur cette affirmation.

En effet, une corde dynamique est conçue pour absorber un maximum d’énergie dans une situation particulière qui est la chute facteur 2. Partons sur ce cas extrême qui va le plus solliciter le relais en cas de chute du leader. Dans cette situation où la longueur de chute est le double de la longueur la corde sollicitée, la norme impose une force de choc résiduelle maximale de 12 kN. Sur les cordes modernes, les fabricants arrivent à des forces de chocs de 8 kN. Donc avec un anneau de 120 cm voire moins, la hauteur de chute maximale « acceptable « (en supposant que la valeur de 8 kN est acceptable pour le relais) est de 2X 120 cm soit 2,4 m. Au-delà là de cette hauteur de chute, la valeur de la force de choc grimpe rapidement, car la longueur de l’anneau de corde utilisé au relais, lui ne varie pas.

Mais n’oublions pas que la chute du leader est arrêtée par la corde d’assurance. Je ne connais personne qui s’amuse à faire des chutes en facteur 2, ni d’ailleurs en facteur 1 sur un relais sans être encordée sur une corde d’escalade.

Cette réalité amène une autre limite encore plus incompatible avec la réalité de dissipation de l’énergie d’une chute par un relais posé sur une corde dynamique. Cette corde d’escalade va, comme expliqué plus haut, transmettre au relais une force de choc résiduelle de 8 kN. Je ne vois pas comment l’anneau de relais, lui-même constitué du même type de corde qui a une capacité d’absorption maximale calée sur la même valeur que la corde d’encordement va pouvoir encore baisser la force de choc transmise au relais. Sans compter que comme tout anneaux, la corde est en double (à minima si sur un seul point) et à quatre brins (si le relais est sur deux points).

La vitesse de rabattement seule bonne raison en couenne sportive pour assurer "dynamique".

La vitesse de rabattement seule bonne raison en couenne sportive pour assurer "dynamique".

Conviction n° 4 : l’assurage dynamique :

L’assurance dynamique est une tarte à la crème. Tous les grimpeurs prétendent maîtriser cette technique qui a pour objectif original de faire baisser la force de choc. Pourtant, la réalité est bien différente. Quelques questions à se poser :

D’abord à quoi sert un assurage dynamique pour une chute en couenne ou le facteur de chute est déjà bien inférieur à 1, c’est-à-dire avec des forces de chocs faibles ?
Certainement pas pour faire baisser l'impact ( la force de choc) sur le "chuteur"

En sachant que le pic de la force de choc se passe en moins d’une demi seconde, combien de grimpeurs sont capables de réagir correctement dans cette fraction de temps ?

Certains grimpeurs pensent qu’allonger la longueur de la corde d’assurance permet de diminuer la force de choc. C’est bien évidemment faux, car ça rallonge aussi la longueur de chute.

Le seul intérêt de rallonger la longueur de corde est de rallonger d’une part le temps de chute et ainsi permettre au « chuteur » de se placer en « position de chute » et d’autre part d’agrandir le rayon formé par la distance de corde allant du baudrier du « chuteur » au dernier point ; ce qui baisse sa vitesse horizontale lors du rabattement contre la paroi...et c'est déjà pas mal !

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