Traversée du Pelvoux

Publié le par manu ibarra

Le Pelvoux et le glacier des Violettes, vue depuis le Glacier Blanc.

 

Pierre n’est pas à proprement parler un alpiniste. Il ne connais rien au subtilités du piolet traction, est insensible à l’attrait des faces nord, ne rêve pas d’équilibres subtils les pieds 6 mètres au dessus d’un mauvais coinceur.

Mais Pierre est montagnard ! Il chasse le chamois pour le plaisir de guetter, le gibier qui ne viendra pas à l’arrivée de l’aube, cueille les champignons, pour partager avec ses amis ses longues marches dans le silence des sous bois et son panier plein, et m’engage quelque fois comme guide pour grimper une montagne et no pas faire une course !

J’ai ainsi fait avec lui quelque sorties alpines qui nous menèrent en autre du Roc de la Muzelle au sommet du Mont Blanc.

Aujourd’hui son envie nous porte à monter au refuge du Pelvoux pour faire la traversée de ce fameux sommet.

Cette course est certainement une des plus belles et des plus intéressante des Alpes dans ce niveau de difficultés.

Nous voila marchant sur ce sentier, il fait chaud.

 

Du sommet: vue sur les Ailefroide et le Ventoux...........

......la face sud de la Barre des Ecrins.......

.... et la Meije.


De la vallée la vue du sommet de l’Ailefroide en rocher, sans son habituelle bosse de neige m’a alerté sur les effets du réchauffement climatique. Comment fais je trouver la traversée du Pelvoux ? J’essaye de me remémorer ma dernière traversée du Pelvoux……..Il doit bien y avoir 10/12 ans……. Et ma première avec Alain Nivon, vieux baroudeur de l’alpe qui emmenait les gamins en montagne…c’était en 1976 ou 77 ! Passons !

J’adore cette course. Son départ nocturne dans les rochers dominant le refuge, sa remontée de la moraine, sous couloir de neige pour rejoindre la bosse de Sialouze et ainsi prendre pied sur le glacier, son couloir Coolidge aux chutes de pierre dangereuse qu’il faut mieux alors éviter par les Rocher Rouges, son arrivée sur le glacier des Violettes avec les premiers rayons du soleil, son sommet, bosse débonnaire à la vue grandiose, sa descente du glacier des Violettes barrée de crevasses spectaculaire, l’arête qui permet de s’échapper de la chute de séracs dominant le Près de Madame Carle de près de 2000 m, ses désescalades qui permettent aux bons alpinistes de ne pas poser de rappels, son névé Pellissiers propice à la descente en  ramasse et ses longues vires d’Ailefroide qui obligent l’alpiniste fatigué à rester vigilent jusqu’au bout !

Le refuge a peu changé, les gardiens oui. Une autre génération a prit le relais qui cherche visiblement à faire des efforts dans l’accueil. Nous aurons même droit à des croissants chauds pour le petit déjeuné.

12 ans plus tard, la nuit reste toujours aussi noire à 3 heures du matin ; sous le halo de ma frontale le sentier derrière le refuge qui permet de prendre pied sur la moraine me semble lui beaucoup plus marqué. Des petites lumières clignotent plus haut, un groupe nous précède.

La remonter du couloir est maintenant coupé par une barre de rocher qui nous impose l’usage de la corde. C’est sans crampon que nous prenons pied sur la bosse de Sialouze qui n’est plus qu’un vulgaire tas de caillou.

La nuit noire n’évite de voir pleinement l’étendu du désastre. Le groupe qui nous précède part en direction de la traversée de Sialouze. Nous sommes donc les premiers dans le couloir Coolidge qui semble en excellentes conditions. Ainsi nous aurons rien à craindre des pierres libéré par des alpinistes en amont de nous.

Nous montons d’un bon pas. Une cordée nous talonne et c’est de concert que nous terminons le couloir qui s’achève dans un éboulis lécher par les premier rayons du soleil.

La bosse sommitale est vite rejointe. Pause casse-croûte au sommet avec un panorama fabuleux du Ventoux au Cervin en passant par le Mont Blanc, la Vanoise, le Grand Paradis….

 Début de la descente du glacier des Violettes.

Le bas du glacier avant la chute de séracs.


Nous attaquons la descente les premiers, suivi par la même cordée que celle du couloir (un jeune scottish et son guide grenoblois) avec qui nous descendrons, partageant les rappels.

Pierre avant le passage de la crevasse.........

...... le passage de la crevasse.


Le glacier des Violettes est en bon état hormis une crevasse qui impose un court rappel sur un pieu. Cette crevasse existait déjà en 1984, lorsque j’avais fais cette course seule en partant d’Ailefroide dans la journée.

Nous prenons pied sur l’épaule qui descend droit au dessus du près de Madame Carle. Là, les choses ont bien changé en 20 ans ! Le premier ressaut rocheux a pris une quinzaine de mètres de hauteur, suite à la fonte de la neige. Ensuite l’absence de neige nous permet de quitter les crampons, la petite traversée en versant nord si souvent en glace n’est plus qu’une vire débonnaire en rocher sec.

Sur l' "arête" rocheuse (qui fut en neige) qui permet de contourner les séracs.

 


Nous rejoignons le couloir qui permet de rejoindre le glacier des Violettes au pied de sa chute de séracs. Lui aussi a pris une dizaine de mètre et a fait apparaître un énorme bloc qui nous impose un court rappel en araignée. .

La traversée sous les séracs, devant le ciel, l'"arête" et son couloir de descente à droite


Nous traversons rapidement le plat exposé aux chutes de séracs et nous retrouvons les 10 mètres de décru glaciaire. Impressionnant ! Dire que l’on arrivait de plein pied et que maintenant, dix mètres de mauvais rocher équipé d’une corde fixe nous barre la route. L’évolution de la montagne se mesure au quotidien par de petite chose. Il est curieux de remarquer au passage que finalement, le matériau le plus important pour la haute montagne est très aquatique, qu’il s’agisse de neige ou de glace mais pour être profitable aux alpinistes il doit se combiner avec une température négative.

 

La vire d'Ailefroide.


Finalement les alpinistes sont des « marins » d’eau gelée !

La suite de la descente se passe sans encombre fidèle à ce que ma mémoire en gardait comme souvenir, si ce n’est un névé Pélissier en bien piteux état et une vire d’Ailefroide que j’ai trouvé plus courte. Serais du au réchauffement climatique !

Premier au sommet et premier en bas, sans courir en prenant son temps, sans rappel (sauf 2).

Pierre n’est pas un alpiniste mais c’est un sacré montagnard !

Ce qui me semble beaucoup mieux.

Publié dans Haute Montagne.

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estival alain 06/11/2009 19:19


MAGNIFIQUE
grace a vous je peu grimper encore
pierrot je suis fier de toi!!!
bravo MANU
le vieux